Bourse/Finance
Placements : les gérants misent encore sur les actions pour les cinq prochaines années
Robeco publie ses prévisions de rendement à cinq ans et place les actions en tête, devant l’immobilier coté. Côté obligations, le retour de rendements élevés change la donne pour les épargnants prudents.
8,0 % par an. C’est le rendement annualisé que Robeco attend des actions des marchés émergents sur les cinq prochaines années, exprimé en euros, dans son scénario central. Le gérant néerlandais a publié le 24 septembre la 16e édition de son rapport « Expected Returns », qui couvre la période 2027-2031. Les actions des pays développés suivent avec 7,0 %, tout comme l’immobilier coté, pour lequel Robeco affiche ses perspectives les plus favorables depuis 2014.
Le rapport s’intitule « The Great Rewiring », la grande reconfiguration. Sa thèse part d’un constat : l’économie mondiale a absorbé en 2026 la fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transite un sixième des approvisionnements énergétiques mondiaux, et les droits de douane américains les plus élevés depuis les années 1930, sans basculer dans la récession. Pour Robeco, les entreprises et les États passent d’une logique d’efficacité à une logique de résilience, en diversifiant leurs chaînes d’approvisionnement et en investissant massivement dans l’intelligence artificielle et les énergies renouvelables.
Trois scénarios, une probabilité de 35 % pour le pire
Le scénario central, affecté d’une probabilité de 50 %, décrit une nouvelle phase d’expansion portée par la diffusion de l’intelligence artificielle, avec pour contrepartie une inflation plus élevée et un chômage lié à l’automatisation. Le scénario optimiste, à 15 %, rappelle la fin des années 1990 : une productivité qui accélère et une inflation qui recule. Le scénario pessimiste pèse 35 %. L’éclatement d’une bulle de l’intelligence artificielle y enclenche d’abord une phase de surcapacité, puis une stagflation durable.
« Ce qui a changé, c’est notre compréhension des implications cycliques des dépenses d’investissement en cours pour faciliter la révolution de l’IA », explique Laurens Swinkels, responsable de la recherche en solutions chez Robeco. Le gérant estime que le modèle économique « asset light », fondé sur peu d’actifs physiques, pourrait perdre du terrain au profit de l’économie réelle : centres de données, réseaux électriques, production d’énergie.
Le rapport consacre aussi un chapitre au crédit privé, devenu une classe d’actifs de plusieurs milliers de milliards de dollars, et un autre aux marchés émergents, qu’il refuse de traiter comme un bloc homogène. Les pays les plus tournés vers la technologie n’ont pas les mêmes perspectives que ceux qui vivent de leurs matières premières.
Les obligations retrouvent des couleurs
Chez Indosuez Wealth Management, les stratèges regardent d’abord du côté des taux. Dans une note publiée le 24 septembre, ils constatent que les rendements obligataires à long terme sont revenus aux niveaux d’avant la crise financière de 2008. Plusieurs causes s’additionnent : croissance révisée à la hausse, inflation persistante, déficits publics et besoins de financement considérables des géants du numérique sur les marchés obligataires, énergie plus chère.
Les stratèges ajoutent un facteur plus politique : les doutes sur la crédibilité de la Réserve fédérale américaine, nourris cet été par les messages contradictoires de Kevin Warsh.
Pour les épargnants, cette hausse rend la dette plus attractive grâce au portage, c’est-à-dire le revenu régulier tiré des coupons. Indosuez reste pourtant prudent sur la sensibilité aux taux, faute de visibilité sur les rendements longs. Côté inflation, la banque se veut rassurante : « À mesure que ces effets temporaires s’estompent, l’inflation devrait ralentir en 2027 à un niveau inférieur à 3 % », estiment ses stratèges, qui voient dans le durcissement monétaire en cours un ajustement plutôt qu’un nouveau cycle de hausse.
Ces projections restent des hypothèses de gérants, et le scénario pessimiste de Robeco garde une probabilité proche de quatre sur dix. Pour un épargnant français, elles donnent un ordre de grandeur pour comparer le rendement espéré d’un portefeuille actions logé dans un PEA (plan d’épargne en actions) ou une assurance vie avec celui des obligations, dont les rendements ont remonté.


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