Bourse/Finance
Assurance vie : un premier semestre 2026 en or massif, à 36,5 milliards d'euros
Collecte nette record en juin, cotisations au plus haut, encours à 2 162 milliards d'euros : l'assurance vie enchaîne les records pendant que le Livret A décollecte. Le point de bascule dans l'allocation de l'épargne des ménages français est désormais net.
Le chiffre a de quoi retenir l'attention : 6,7 milliards d'euros de collecte nette pour la seule assurance vie en juin 2026, soit 1,3 milliard de plus qu'en juin 2025. C'est un record absolu pour un mois de juin depuis le début de la série statistique de France Assureurs en 1997, le précédent datant de juin 2007 (5,417 milliards). Pour mesurer l'écart à la norme, il faut rappeler que la collecte moyenne d'un mois de juin, sur les dix dernières années, s'établit à 1,5 milliard d'euros.
Le moteur de cette performance est identifié : les unités de compte, qui apportent 5,4 milliards d'euros sur le mois, contre 1,3 milliard pour les fonds en euros. Ces derniers ne sont toutefois plus le maillon faible : leur collecte nette est redevenue nettement positive, ce qui n'allait pas de soi il y a encore deux ans.
La rareté de l'événement mérite d'être rappelée. Depuis 1997, l'assurance vie n'a connu que trois décollectes nettes sur un mois de juin : en 2020, en pleine crise du Covid (‑414 millions d'euros), en 2013 (‑217 millions) et en 2012 (‑1,341 milliard). Tous mois confondus, le record absolu de collecte reste janvier 2006, à 9,336 milliards d'euros, et la pire décollecte décembre 2011, à ‑3,839 milliards. Le cru de juin 2026 s'inscrit donc dans le haut du tableau historique.
Un semestre au deuxième rang historique
Sur l'ensemble du premier semestre, la collecte nette atteint 36,5 milliards d'euros, soit 8,9 milliards de plus que sur la même période de 2025. Ce semestre se classe au deuxième rang des meilleurs premiers semestres jamais enregistrés, derrière le seul millésime 2006 et ses 40,2 milliards. Là encore, les unités de compte dominent avec 27,5 milliards, contre 8,9 milliards pour les fonds en euros.
Les cotisations suivent la même trajectoire. À 19,3 milliards d'euros en juin, elles battent le précédent record pour ce mois (17,2 milliards en 2025) ; tous mois confondus, le pic reste février 2026, à 19,556 milliards. Sur le semestre, elles culminent à 108,8 milliards d'euros, très au-dessus des 97,661 milliards du premier semestre 2025, des 92,733 milliards de 2024 et des 81,133 milliards de 2023. La progression concerne les deux compartiments : +12 % pour les unités de compte, +9 % pour les fonds en euros. La part des UC dans les cotisations s'établit à 43 % en juin et à 39 % sur l'ensemble du semestre.
Côté sorties, la pression reste maîtrisée. Les prestations de juin s'élèvent à 12,6 milliards d'euros, en hausse de 7 % sur un an, une progression imputable aux unités de compte (+17 %) alors que les rachats sur fonds en euros reculent de 4 %. Sur le semestre, les prestations atteignent 72,3 milliards, en hausse de seulement 2 %. Résultat : l'encours des contrats d'assurance vie s'établit à 2 162 milliards d'euros fin juin, en progression de 6 % sur un an, soit 122 milliards de plus.
Le grand écart avec le Livret A
Le contraste avec l'épargne réglementée est le véritable enseignement de ce semestre. Quand l'assurance vie engrange plus de 36 milliards d'euros de collecte nette, le Livret A enregistre une décollecte de près de 6 milliards sur la même période. Les ménages ont, depuis l'an dernier, entrepris de réallouer une partie des liquidités stationnées sur les produits réglementés vers un support offrant à la fois un rendement des fonds en euros redevenu compétitif et une exposition aux marchés financiers bien orientés.
La hausse du taux du Livret A, porté de 1,5 % à 1,7 % au 1er août 2026, ne devrait « guère changer la donne », estime Philippe Crevel, directeur du Cercle de l'Épargne. L'écart de rendement reste trop favorable à l'assurance vie, et l'argument fiscal et successoral joue à plein. « Placement privilégié des classes moyennes et aisées, elle connaît un véritable retour en grâce », analyse l'économiste, qui souligne le caractère multi-usages du contrat : se prémunir pour l'avenir, préparer sa retraite, faire face au risque de dépendance et organiser la transmission de son patrimoine. Quatre objectifs pour un seul véhicule — c'est précisément ce que ne fait aucun livret réglementé.
Deux points de vigilance subsistent néanmoins pour l'épargnant. Le premier tient à la composition de la collecte : avec 27,5 milliards d'euros sur 36,5 apportés par les unités de compte, la performance affichée par les contrats dépend désormais très largement de la tenue des marchés actions et obligataires. Un retournement boursier se traduirait mécaniquement par une érosion des encours et, probablement, par un ralentissement des versements. Le second concerne le rendement des fonds en euros, dont la remontée a été rendue possible par la hausse des taux obligataires : elle profite aux nouveaux versements bien plus qu'aux stocks anciens, encore chargés en obligations à faible coupon.


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